À Gagnoa, dans le centre-ouest du pays, l’Agence nationale d’appui au développement rural (Anader) expérimente un modèle inédit de valorisation des sous-produits agricoles. Son incubateur forme de jeunes entrepreneurs à tirer parti des déchets du cacao, du manioc et de la banane plantain.
Dans les bâtiments sobres du Centre de formation de l’Anader, à Gagnoa, des sacs de cabosses séchées, des résidus de fermentation et des amas de pulpe blanche s’accumulent dans un atelier aux allures de laboratoire. Ici, rien ne se perd : chaque déchet agricole devient matière première.
Sous la direction de Kouakou Kouadio Léonard, l’incubateur du centre explore depuis trois ans les voies d’une économie circulaire appliquée à l’agriculture ivoirienne. L’objectif : transformer les résidus du cacao et d’autres cultures vivrières en produits à forte valeur ajoutée, capables de générer des revenus pour les producteurs tout en réduisant l’impact environnemental des exploitations.
« Nous voulons montrer qu’il est possible de créer de la richesse à partir de ce qui était autrefois considéré comme un rebut », résume le responsable du programme.
Un laboratoire de valorisation agricole
S’étendant sur plus de 60 hectares, le centre de Gagnoa, auquel s’ajoute une annexe de 1,3 hectare à Lakota, accueille des jeunes producteurs venus de tout le pays. Encadrés par des formateurs spécialisés, ils apprennent à transformer le cortex de cacao, le jus de mucilage ou les coques séchées en briquettes combustibles, champignons comestibles, engrais organiques ou vinaigres d’assaisonnement.
La phase de conception et de formation, entamée en 2022, a abouti à la qualification de 26 premiers entrepreneurs agricoles, désormais répartis sur l’ensemble du territoire. En novembre 2025, l’incubateur doit entrer dans une phase de production intensive.
Des innovations au service d’une agriculture circulaire
L’ambition du projet dépasse la simple formation. À moyen terme, le centre entend se diversifier dans la production de biochar, de cosmétiques naturels ou de bioéthanol, afin de renforcer la durabilité de la filière cacao et de contribuer à la transition écologique du secteur agricole.
Dans la localité de Bayota, à quelques kilomètres de Gagnoa, une productrice formée par l’incubateur, Mme Gnagno, cultive désormais des champignons comestibles à partir de substrats issus de déchets de cacao. Une partie de la récolte a déjà été commercialisée localement, suscitant l’intérêt de plusieurs coopératives.
« C’est une réussite qui illustre concrètement l’impact du programme sur la création d’activités locales », observe M. Kouadio.
Soutien allemand et ambitions nationales
La réussite de l’incubateur repose en partie sur l’appui de la coopération allemande, qui a apporté un soutien financier, logistique et technique déterminant.
Des équipements modernes ont été installés, les agents de l’Anader formés et les chaînes de valeur structurées autour du cacao, du manioc et de la banane plantain.
Ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large de soutien au développement rural et à la transformation locale des produits agricoles, visant à réduire la dépendance du pays aux exportations brutes.
Transformer les déchets en richesse
L’incubateur de Gagnoa illustre les mutations en cours dans le monde agricole ivoirien.
Longtemps tournée vers la production, la filière cacao cherche désormais à intégrer la transformation et la durabilité au cœur de son modèle. En donnant une seconde vie aux résidus agricoles, l’Anader espère créer une chaîne de valeur plus résiliente, génératrice d’emplois et respectueuse de l’environnement.
« Nous voulons transformer les ordures en “Or-Dur” », résume, avec un sourire, M. Kouadio.
Pour pérenniser son action, le centre envisage de financer ses activités grâce à la commercialisation des produits transformés et à la prestation de services de formation.
Des partenariats sont en cours avec le FIRCA, le Conseil Café-Cacao, les collectivités locales et plusieurs coopératives agricoles.
Un modèle reproductible ?
À terme, l’Anader espère reproduire ce modèle d’incubation dans d’autres régions du pays.
Au-delà du cacao, le concept pourrait s’étendre à d’autres filières confrontées à la gestion des déchets agricoles, comme le riz ou la canne à sucre.
« Chaque producteur doit pouvoir devenir un acteur de la transformation durable. C’est ainsi que se construira une agriculture ivoirienne moderne, circulaire et inclusive », conclut le responsable.





