À Yamoussoukro, loin des annonces spectaculaires mais au cœur des dynamiques rurales, une initiative portée par les producteurs eux-mêmes esquisse les contours d’une agriculture ivoirienne en quête de structuration. Dans un secteur encore fragmenté, l’organisation collective apparaît plus que jamais comme un levier stratégique.
Réunis en assemblée générale le 23 avril, les membres de l’Union des sociétés coopératives agricoles de Côte d’Ivoire, sous l’impulsion de leur président Tapé Youdé Luc, ont levé un coin de voile sur un vaste projet de structuration de la filière agricole. Objectif affiché : améliorer durablement la commercialisation des produits et les revenus des producteurs, dans un environnement marqué par la volatilité des marchés et la faiblesse des infrastructures.
Fruit de plusieurs années de maturation, le projet s’appuie sur un accord de financement déjà sécurisé, signe d’un passage à une phase opérationnelle. Il prévoit notamment l’acquisition de terrains, la construction d’infrastructures, l’achat d’équipements ainsi que la mise en place d’un fonds de roulement pour soutenir les activités des coopératives.
Au cœur du dispositif, une ambition industrielle assumée. Une unité de conditionnement et de transformation, dont la première pierre a été posée à Gagnoa en février 2026, doit permettre de capter davantage de valeur ajoutée localement. En parallèle, près de 80 entrepôts devraient être déployés à travers le pays afin de mieux organiser la chaîne logistique, de la production à la commercialisation.
Cette approche traduit un changement de paradigme. Longtemps cantonnés à un rôle de simples fournisseurs de matières premières, les producteurs entendent désormais peser davantage dans la chaîne de valeur. En se structurant, ils cherchent à renforcer leur pouvoir de négociation et à réduire leur dépendance vis-à-vis des intermédiaires – une logique au cœur même des organisations de producteurs, conçues pour mutualiser les moyens et rééquilibrer les rapports commerciaux.
Au-delà du projet lui-même, c’est toute la question de la transformation agricole qui est posée. Dans un pays où l’agriculture reste un pilier économique majeur, la structuration des filières apparaît comme une condition indispensable pour passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture compétitive, intégrée et génératrice de valeur.
À Yamoussoukro, cette initiative sonne ainsi comme un signal : celui d’un monde agricole ivoirien qui tente de reprendre la main sur son destin économique.
MN




