Nimbrongo (Nahouri), octobre 2025 – Face aux dégâts environnementaux causés par l’extraction aurifère, des scientifiques burkinabè misent sur le vétiver, une plante aux racines profondes capable de filtrer et neutraliser les métaux lourds.
À Nimbrongo, dans la commune de Ziou (centre-sud du pays), un site pilote de phytoremédiation de deux hectares démontre déjà des résultats encourageants.
Une barrière naturelle entre les mines et les rizières
Sur ce site, plus de 6 000 pieds de vétiver sont alignés en cinq rangées espacées de 50 cm, sur une longueur totale de 6 000 mètres.
Disposées comme une ligne de défense végétale, ces plantes captent et bloquent progressivement les substances toxiques issues des sites d’orpaillage avant qu’elles ne contaminent les zones agricoles voisines.
« La restauration se fait par les racines. L’eau qui s’infiltre est filtrée : les racines captent les métaux lourds et neutralisent ainsi l’eau et le sol »,
explique David Hermane Ouédraogo, technicien chargé de la supervision du projet.
Selon lui, chaque rangée joue un rôle de filtre supplémentaire, garantissant que l’eau qui atteint les rizières situées en aval est propre et sans danger.
Une plante robuste aux conditions extrêmes
Le Chrysopogon zizanioides, nom scientifique du vétiver, est originaire d’Inde et utilisé depuis des millénaires pour la restauration des sols.
D’après Martine Diallo, chercheuse à l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (Irsat) et cheffe de projet, cette plante présente des atouts majeurs :
Elle n’est pas invasive,
Son système racinaire profond lui assure une forte stabilité,
Elle résiste aux conditions climatiques extrêmes : chaleur, froid, sécheresse, inondations et même aux feux de brousse,
Elle favorise la rétention des sédiments et améliore la fertilité des sols.
« Nous avons analysé les sols et les plantes prélevées sur les sites et constaté une réelle dépollution. Les champs voisins reprennent vie et les rendements agricoles s’améliorent »,
précise la scientifique.
Des résultats concrets pour les producteurs locaux
Les témoignages des agriculteurs confirment l’impact positif du projet.
Alima Maré, productrice de riz, raconte :
« Avant, quand l’eau chargée d’acide s’infiltrait dans le sol, rien ne poussait. Mais depuis l’an dernier, tout a changé. Cette année, nos semis sont en bonne croissance. »
Cette amélioration reflète l’efficacité de la phytoremédiation pour restaurer les terres dégradées et soutenir la production vivrière.
Vers une adoption à grande échelle
Encouragée par le succès de Nimbrongo, Martine Diallo plaide pour une extension de la technologie à d’autres zones minières et pour son appropriation par les orpailleurs.
Cette approche pourrait permettre au Burkina Faso de réhabiliter progressivement les sols contaminés tout en renforçant la résilience des communautés rurales.
Cet exemple démontre comment une solution naturelle et durable peut répondre à un problème environnemental majeur tout en soutenant le développement agricole local.





