Pays agricole par excellence, la Côte d’Ivoire reste confrontée à un paradoxe persistant : si l’agriculture demeure le socle de l’économie nationale, elle peine encore à tirer pleinement les populations rurales de la précarité. À l’heure où le gouvernement finalise son Plan national de développement 2026-2030, la transformation du secteur apparaît comme l’un des chantiers les plus sensibles de la décennie à venir.
Le secteur agricole concentre environ 60 % des emplois et demeure la principale source de revenus pour des millions de ménages. Pourtant, les écarts de niveau de vie entre zones rurales et urbaines restent marqués. Faibles rendements, dépendance aux aléas climatiques, accès limité au financement et à la transformation locale continuent de freiner l’essor du monde paysan.
Des marchés encore défavorables aux producteurs
Dans de nombreuses régions, les agriculteurs vendent toujours leurs récoltes sans référence de prix claire, dépendant du rapport de force avec les acheteurs. Cette situation favorise l’instabilité des revenus et limite les investissements sur le long terme.
Pour y remédier, les autorités ont lancé en 2025 une Bourse des matières premières agricoles, censée introduire davantage de transparence dans les transactions. Basée sur un système d’évaluation de la qualité et d’entreposage sécurisé, elle ambitionne de réduire les pratiques spéculatives et d’offrir aux producteurs une meilleure visibilité sur la valeur de leurs produits. La noix de cajou, le maïs et la cola figurent parmi les premières denrées concernées, en attendant une extension à d’autres cultures stratégiques.
Rendements faibles et transformation insuffisante
Si la Côte d’Ivoire figure parmi les premiers producteurs mondiaux de plusieurs matières premières agricoles, la valeur ajoutée locale reste limitée. Dans de nombreuses filières, la transformation ne concerne encore qu’une faible part de la production, laissant échapper une manne économique importante.
L’agriculture vivrière, pilier de la sécurité alimentaire, souffre quant à elle d’un déficit de mécanisation et d’encadrement technique. Les rendements restent inférieurs à ceux observés dans d’autres pays émergents, accentuant la vulnérabilité des exploitations familiales face aux chocs climatiques.
Réformes, financements et montée en compétences
Pour inverser la tendance, l’État ivoirien s’appuie sur une combinaison de programmes publics et de partenariats privés. Des projets ciblés visent à renforcer les chaînes de valeur agricoles, améliorer l’accès aux intrants de qualité et professionnaliser les producteurs.
L’accès au financement demeure cependant un obstacle majeur. Pour y répondre, des mécanismes de crédit dédiés au secteur agricole ont été mis en place en collaboration avec des institutions bancaires, afin de soutenir l’investissement dans les équipements, l’irrigation et la transformation.
Le défi des infrastructures rurales
Autre verrou identifié : l’état des infrastructures dans les zones de production. Routes dégradées, manque d’entrepôts et faibles capacités logistiques entraînent des pertes post-récolte significatives et réduisent la compétitivité des produits ivoiriens.
Des investissements récents, soutenus par des partenaires techniques et financiers, visent à désenclaver les bassins agricoles, notamment dans les régions frontalières. L’amélioration des axes de transport doit permettre aux producteurs d’accéder plus facilement aux marchés nationaux et sous-régionaux.
Une modernisation attendue par le monde rural
À l’horizon 2030, les autorités affichent l’ambition de réduire significativement la pauvreté et de faire de l’agriculture un véritable moteur de croissance inclusive. Mais sur le terrain, les attentes restent fortes. Pour de nombreux producteurs, la modernisation ne pourra être effective que si elle se traduit par des revenus plus stables, une meilleure protection face aux chocs climatiques et un accès réel aux marchés.
Entre réformes institutionnelles et réalités rurales, la Côte d’Ivoire avance ainsi sur une ligne de crête. La réussite de la modernisation agricole dépendra moins de l’annonce des politiques que de leur capacité à transformer durablement le quotidien des agriculteurs.
MN




