Abidjan — Alors que la campagne de récolte du gingembre débute en Côte d’Ivoire, les acteurs de cette filière encore marginale multiplient les réflexions pour mieux s’organiser. Avec une production annuelle estimée à 7 000 tonnes, le pays reste loin derrière les grands producteurs africains que sont le Nigeria, le Cameroun ou encore le Mali. Pourtant, près de 1 270 producteurs ivoiriens se sont déjà engagés dans cette culture à fort potentiel économique.
La structuration demeure toutefois embryonnaire. À peine 20 % des producteurs sont regroupés en associations ou organisations professionnelles. Une faiblesse qui limite l’accès aux financements, aux équipements et aux marchés structurés. Malgré ces contraintes, les producteurs continuent d’y croire, portés par une rentabilité jugée encourageante.
« Le kilogramme de gingembre se vend actuellement autour de 1 000 francs CFA. Un sac de 50 kilos peut rapporter jusqu’à 50 000 francs CFA », explique Kouamé Koffi, président de la filière gingembre en Côte d’Ivoire. Pour l’heure, l’essentiel de la production est écoulé sur le marché local.
Une transformation encore limitée
Si quelques produits dérivés existent — jus, poudre ou gingembre séché — la transformation reste peu développée. En cause, le manque d’équipements adaptés et de capacités industrielles.
« Les machines capables de produire en grande quantité se trouvent à l’étranger. Lorsqu’on parvient à les acquérir, se pose ensuite le problème de la maintenance », souligne le Dr Opportune Kouadio, présidente de l’Association des transformateurs de gingembre.
À cela s’ajoute une autre difficulté majeure : l’approvisionnement régulier en matière première. La production nationale peine à garantir, toute l’année, des volumes suffisants et une qualité homogène, freinant ainsi l’essor d’une véritable industrie de transformation.
Des rendements affectés par les pratiques culturales et le climat
Les principales zones de production se situent autour de Koun-Fao, Bongouanou, Tiassalé et Divo. Mais la productivité reste faible, avec une moyenne de 7 tonnes par hectare, loin des performances observées en Indonésie, où les rendements atteignent 28 tonnes par hectare.
Cette faiblesse s’explique en partie par des méthodes culturales encore rudimentaires.
« Les producteurs travaillent essentiellement à la daba et à la machette. Ce sont des techniques lentes et peu adaptées à une agriculture moderne », déplore Kouamé Koffi.
Le changement climatique accentue ces difficultés. L’irrégularité des pluies et les périodes de sécheresse prolongées ont contribué à la baisse des rendements ces dernières années. Pour les acteurs de la filière, l’investissement dans des systèmes d’irrigation, notamment le goutte-à-goutte, apparaît comme une solution durable pour sécuriser la production.
La recherche comme levier de relance
Face à ces défis, les producteurs peuvent compter sur l’appui de la recherche agricole. Le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricole (Firca) travaille actuellement sur le développement de variétés améliorées. Selon les projections, des semences à haut rendement pourraient être mises à disposition des producteurs d’ici 2027, avec des rendements pouvant atteindre 20 tonnes par hectare.
À terme, les acteurs espèrent que la structuration de la filière, l’amélioration des pratiques agricoles et le développement de la transformation permettront au gingembre ivoirien de trouver sa place sur les marchés régionaux et internationaux. Une ambition encore fragile, mais portée par une filière qui refuse de rester en marge de l’agriculture ivoirienne.





