En Côte d’Ivoire, le paradoxe agricole persiste avec une acuité particulière : celles qui nourrissent le pays restent largement exclues de la propriété foncière. Selon des données récentes, seules 5 % des Ivoiriennes possèdent des terres agricoles, un chiffre qui illustre l’ampleur des inégalités structurelles dans l’accès à la terre.
Car derrière cette statistique, se dessine une réalité bien plus complexe. Les femmes représentent pourtant une part essentielle de la main-d’œuvre agricole et assurent une large part de la production alimentaire. Mais dans les faits, elles demeurent cantonnées à un rôle d’exploitantes sans droits réels sur les terres qu’elles cultivent, souvent dépendantes de leurs conjoints ou de structures familiales dominées par les hommes.
Au cœur de cette fracture, les pesanteurs socioculturelles continuent de structurer l’accès au foncier. Héritage, normes coutumières, organisation patriarcale : autant de mécanismes qui limitent l’autonomisation économique des femmes rurales. Dans de nombreuses régions, l’accès à la terre reste conditionné par des logiques familiales où la transmission foncière privilégie les lignées masculines.
Face à cette situation, des organisations non gouvernementales tentent de faire évoluer les lignes. Programmes d’accompagnement, sensibilisation aux droits fonciers, appui à l’acquisition de parcelles : les initiatives se multiplient pour réduire cet écart et renforcer la résilience économique des femmes rurales. Certaines bénéficiaires parviennent ainsi, progressivement, à accéder à la propriété, signe d’une mutation encore timide mais réelle.
L’enjeu dépasse toutefois la seule question de l’égalité. Dans un pays où l’agriculture constitue un pilier économique majeur, garantir aux femmes un meilleur accès à la terre apparaît comme un levier stratégique pour la sécurité alimentaire, la productivité et le développement rural.
À l’heure des réformes foncières et des ambitions de transformation agricole, la Côte d’Ivoire se retrouve face à un défi de taille : faire de l’inclusion foncière un moteur de croissance, plutôt qu’un angle mort de son développement.
MN




