En Côte d’Ivoire, le Centre national de recherche agronomique (CNRA) accélère sa transition technologique pour répondre à l’un des défis majeurs du pays : sécuriser l’approvisionnement en semences de manioc de qualité. Soutenu par le gouvernement et la Banque mondiale dans le cadre du Projet de développement des chaînes de valeurs vivrières (PDC2V), l’institut de Bouaké s’appuie désormais sur des laboratoires modernisés, des serres et des tunnels de dernière génération pour intensifier la production.
Au cœur de cette modernisation, la technique SAH (Hydroponie semi-autotrophe) marque une rupture avec les méthodes traditionnelles. Elle repose sur la culture in vitro, garantissant des plants assainis et indemnes de virus. Selon le Dr Diby Konan, responsable du projet, cette méthode permet d’obtenir, à partir d’une seule plantule, jusqu’à cinquante nouvelles en un an, contre une dizaine auparavant. L’avantage est double : un gain de temps considérable — trois semaines suffisent désormais pour produire une plantule viable — et une amélioration notable de la qualité sanitaire, dans un contexte où la législation ivoirienne interdit toute utilisation d’OGM.
Cette avancée technique réduit drastiquement les délais de mise à disposition du matériel végétal. Là où la multiplication classique exigeait jusqu’à six mois, les cycles sont aujourd’hui comprimés de plus de deux mois, explique le chercheur Dr Essis Brice. Le CNRA teste déjà cette innovation à grande échelle auprès de producteurs pilotes, en synergie avec le PNIA 2, afin d’en mesurer l’impact sur les rendements et la résilience des exploitations.
L’adaptation de cette technologie, déjà éprouvée sur l’igname, ouvre de nouvelles perspectives pour le manioc, culture stratégique pour la sécurité alimentaire nationale. Le centre annonce désormais une capacité théorique de production équivalente à cinq hectares de plantules par jour, selon la disponibilité du matériel de base. Autre évolution structurante : le CNRA fabrique désormais ses propres substrats, autrefois importés du Kenya ou du Nigeria, renforçant ainsi son autonomie et la maîtrise locale de la filière.
Pour un pays où le manioc reste l’un des vivriers les plus consommés et un pilier des revenus agricoles, cette innovation pourrait contribuer à réduire les vulnérabilités, stabiliser l’offre et soutenir la montée en puissance de la production locale.
MN





