Abidjan – Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire traverse une zone de turbulences sur le marché de l’or brun. Confronté à une chute des cours internationaux et à un ralentissement des ventes, le gouvernement ivoirien a décidé de réduire drastiquement le prix bord champ payé aux producteurs pour la campagne intermédiaire 2025-2026.
Fixé désormais à 1 200 francs CFA le kilogramme, ce nouveau tarif marque une baisse de près de 60 % par rapport au prix record de 2 800 francs CFA appliqué lors de la campagne principale lancée en octobre dernier.
Cette décision, annoncée par le ministre de l’Agriculture, intervient dans un contexte de tensions sur le marché international du cacao, où la baisse rapide des prix a bouleversé l’équilibre économique de la filière.
Une chute des cours qui fragilise la filière
La Côte d’Ivoire, qui assure près de 45 % de la production mondiale de cacao, dépend fortement de cette culture pour ses exportations et les revenus de millions de producteurs.
Or, après les sommets atteints en 2024, les prix internationaux se sont brutalement contractés. Cette baisse a créé un décalage entre les prix garantis aux planteurs et les conditions du marché mondial, rendant les ventes plus difficiles pour les exportateurs et les négociants.
Résultat : dans plusieurs zones de production, les coopératives et les entrepôts se retrouvent avec des stocks de fèves invendues, ce qui ralentit les paiements aux producteurs et fragilise l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
Selon les autorités, l’ajustement du prix vise donc à relancer les transactions et écouler les volumes accumulés, tout en alignant davantage la rémunération des producteurs sur la réalité du marché.
Une mesure qui inquiète les planteurs
La réduction du prix bord champ suscite toutefois de fortes inquiétudes dans les zones cacaoyères. Pour de nombreux producteurs, cette chute brutale du revenu intervient alors que les coûts de production – intrants, main-d’œuvre ou transport – restent élevés.
Certaines organisations de producteurs redoutent également que cette baisse ne fragilise davantage les exploitations familiales, qui constituent l’essentiel du tissu agricole ivoirien.
Dans ce contexte, le gouvernement tente de contenir les tensions en mettant en place des mécanismes de soutien, notamment un programme d’achat de stocks de cacao afin de stabiliser le marché et d’éviter une accumulation trop importante de fèves invendues.
Un défi stratégique pour le premier producteur mondial
La crise actuelle rappelle la forte dépendance de l’économie ivoirienne au cacao. Avec des millions de producteurs impliqués et une part importante des recettes d’exportation, la stabilité de cette filière demeure un enjeu économique et social majeur.
À court terme, l’enjeu pour Abidjan est double : soutenir les revenus des planteurs tout en maintenant la compétitivité du cacao ivoirien sur le marché mondial.
Dans un secteur aussi stratégique, la gestion de la volatilité des cours internationaux reste donc l’un des défis majeurs pour l’avenir de la première puissance cacaoyère mondiale.
MN





