Abidjan, novembre 2025 – Grâce à un partenariat entre la Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), l’Institut national polytechnique Félix Houphouët‑Boigny (INP-HB) et la coopération allemande, la Côte d’Ivoire met en place des incubateurs à Gagnoa et à Yamoussoukro pour transformer les sous-produits agricoles en opportunités économiques.
Des structures d’incubation au cœur du changement
Un des projets phares de cette initiative est l’incubateur inauguré le 20 juin 2024 à Gagnoa, financé par la coopération allemande via le projet Centre d’Innovations Vertes (ProCIV), mis en œuvre par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) en Côte d’Ivoire.
Installé au centre de formation ANADER Gagnoa-Lakota, ce site se compose de trois bâtiments équipés de machines de transformation performantes. Il cible les chaînes de valeur du cacao, du manioc et de la banane plantain.
À Yamoussoukro, l’INP-HB joue un rôle similaire dans le cadre de ce partenariat, en misant sur la recherche, la formation et l’accompagnement des jeunes agripreneurs.
Transformer les « résidus » en valeur
L’un des principaux objectifs de ces incubateurs est la valorisation des sous-produits agricoles — souvent relégués comme résidus — pour créer de nouveaux débouchés économiques :
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Au cacao : le cortex de cabosse peut servir à produire des bio-engrais, des champignons comestibles ou encore des briquettes combustibles.
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Au manioc et à la banane plantain : valorisation industrielle ou agro-alimentaire pour en tirer des produits de consommation ou des intrants.
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Le jus issu des fèves fraîches de cacao est transformé en vinaigre, illustrant bien l’économie circulaire appliquée à l’agriculture ivoirienne.
Cette initiative répond à plusieurs défis en Côte d’Ivoire :
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Elle vise à accroître les revenus des producteurs agricoles en diversifiant les sources de valeur ajoutée.
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Elle contribue à la réduction des déchets agricoles et à une gestion plus durable des ressources (ex. : réduction de la déforestation grâce aux briquettes fabriquées à partir de cabosse plutôt que du bois de chauffe).
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Elle s’inscrit dans la stratégie plus large de renforcement des chaînes de valeur agricoles, de création de petites entreprises et de startups en milieu rural.
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Elle permet également d’ancrer l’innovation et la transformation locale dans des zones traditionnellement orientées vers l’exportation brute de matières premières.
Les défis à relever
Pour que ces incubateurs produisent pleinement leurs effets, plusieurs conditions devront être remplies :
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La montée en compétences des acteurs locaux (agriculteurs, jeunes entrepreneurs, coopératives) : formation technique, gestion d’entreprise, accès aux marchés.
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L’entretien et la pérennité des équipements installés : ces infrastructures doivent être utilisées de manière efficace, avec une maintenance adéquate.
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La coordination entre recherche, formation et secteur privé : l’INP-HB, l’ANADER et leurs partenaires doivent veiller à ce que les innovations soient effectivement transférées aux filières.
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L’accès au financement et aux débouchés commerciaux : transformer un produit, c’est bien ; le vendre de manière rentable, c’est mieux.
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La sensibilisation des producteurs à la logique d’économie circulaire et de valorisation des sous-produits : changer les mentalités implique du temps et de l’accompagnement.
Vers une agriculture plus résiliente et inclusive
L’implication de la coopération allemande, via ProCIV, marque la volonté de soutenir une agriculture durable, rentable et intégrée. Grâce à ce dispositif, la Côte d’Ivoire franchit une étape importante : passer d’une exploitation de matières premières à une transformation de ses atouts agricoles.
En investissant dans l’incubation, la valorisation des sous-produits et l’industrialisation à petite échelle, le pays se rapproche d’un modèle agricole plus résilient, capable de créer des emplois et de générer de la valeur dans les zones rurales.
MN





