En Côte d’Ivoire, la principale organisation syndicale de producteurs, le Synapci (Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire), tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Depuis plusieurs semaines, la filière cacao connaît un ralentissement inédit, marqué par l’accumulation de milliers de tonnes de fèves dans les ports d’Abidjan et de San Pedro.
Le mercredi 3 décembre, son président, Koné Moussa, a dénoncé devant la presse une situation « grave » et annoncé une série d’initiatives « à partir du 8 décembre » pour documenter et rendre visible ce blocage.
Un prix bord champ salué, mais un système de ramassage sous tension
Le 1er octobre, l’annonce d’un prix bord champ fixé à 2 800 FCFA/kg avait été perçue comme un signal fort pour soutenir les planteurs. Mais selon le Synapci, le tarif du ramassage, arrêté à 100 FCFA, ne permettait pas d’assurer correctement le transport du cacao depuis les zones rurales jusqu’aux points d’exportation.
Trois mois plus tard, le syndicat affirme que la filière fait face à un ralentissement sérieux : des producteurs ayant vendu leur cacao depuis l’ouverture de la campagne n’ont toujours pas été payés.
Ports saturés, exportations au ralenti
Dans les ports d’Abidjan et de San Pedro, de nombreuses remorques seraient immobilisées depuis plusieurs semaines. Le Synapci dit avoir rencontré les exportateurs, ainsi que le Conseil Café-Cacao (CCC), pour obtenir des explications sur cet engorgement.
Selon le syndicat, le CCC aurait assuré que 300 milliards de FCFA avaient été mobilisés au profit de l’entreprise Transcao pour faciliter les enlèvements et apurer les stocks.
Mais lors d’une rencontre le 2 décembre, le directeur de Transcao aurait affirmé n’avoir reçu « aucune ressource », contredisant totalement la version du CCC.
Une filière fragilisée par un retournement du marché mondial
Le Synapci avance une explication plus structurelle : le CCC aurait vendu 900 000 tonnes de cacao à un prix particulièrement élevé, profitant de l’embellie des cours mondiaux.
La chute récente des prix aurait ensuite déséquilibré le dispositif : les exportateurs ayant déjà écoulé les volumes négociés à bon prix, ils seraient désormais réticents à signer de nouveaux contrats à des tarifs jugés défavorables.
Selon Koné Moussa, le CCC demanderait de « ralentir les achats jusqu’en mars », en attendant un éventuel nouveau prix, provoquant la paralysie actuelle.
Le spectre de la crise de 2016–2017
Pour le Synapci, cette situation rappelle la grave crise de 2016–2017, qui avait secoué tout le secteur. « Nous n’accepterons pas un retour à ce scénario », prévient le président du syndicat.
Il appelle le gouvernement à intervenir rapidement pour éviter que des milliers de producteurs ne se retrouvent sans revenus, malgré des stocks déjà livrés et enregistrés.
Des actions annoncées à partir du 8 décembre
Le Synapci prévoit d’envoyer des huissiers de justice sur le terrain pour constater les volumes de cacao déjà produits et non évacués.
Il invite également les coopératives à regrouper leurs productions, afin de faciliter ces constats.
Enfin, le syndicat entend rendre visible le blocage, en exposant dans les préfectures et sous-préfectures les sacs de cacao stockés, afin de sensibiliser l’opinion publique et les médias.
Une attente de clarification
Le Synapci regrette par ailleurs l’absence de réaction du directeur général du CCC, que Koné Moussa dit avoir tenté de joindre « sans succès ».
Dans un secteur qui représente près de 15 % du PIB ivoirien et fait vivre plusieurs millions de personnes, ce silence inquiète davantage les producteurs déjà éprouvés par les retards de paiement.
MN





