Abidjan – Dans une salle de classe lumineuse d’une école primaire de Cocody, les rires des enfants se mêlent à l’odeur de la terre humide. Devant les fenêtres, des pots en plastique regorgent de jeunes pousses de laitue, d’épinards et de roquette. Ici, on apprend à lire, à écrire… mais aussi à cultiver. C’est le pari du Potager du Futur, un projet fondé par Stéphane Kobena, qui sensibilise petits et grands aux pratiques d’une agriculture durable et respectueuse de l’environnement.
Apprendre à cultiver dès le plus jeune âge
« On avait des graines au départ, avec un peu d’eau… Et elles ont poussé ! », s’enthousiasme une enseignante, devant des élèves émerveillés. Ces ateliers font partie d’un programme pédagogique pensé pour inculquer la conscience écologique dès l’enfance. L’idée est simple : reconnecter les enfants à la nature, leur apprendre le cycle du vivant et leur faire découvrir la valeur du travail de la terre.
À côté de la cantine, un compost a été installé. Les déchets organiques y sont transformés en engrais naturel, réutilisé ensuite pour nourrir les potagers. « L’objectif est d’enseigner aux enfants à avoir les mains dans la terre, à faire du compostage, à aimer la plante, et surtout à comprendre qu’il est possible de cultiver sans pesticides », explique Stéphane Kobena, fondateur du Potager du Futur.
Une pédagogie qui porte ses fruits
À l’école, le succès est immédiat. « Les enfants sont très demandeurs », confie Hélène Denis, directrice pédagogique. « Ils nous demandent même d’installer de petits composts dans la cour de récréation pour trier les restes de leurs goûters. Ils ont compris que tout ne va pas à la même poubelle. »
Au-delà des classes, le Potager du Futur multiplie les formations à destination des adultes. Dans la commune voisine de Bingerville, Stéphane Kobena anime des ateliers pour les jeunes agriculteurs désireux d’adopter des pratiques plus durables.
Répondre à l’urgence de la dégradation des sols
Parmi eux, Marc-Olivier Kouamé, agriculteur en reconversion, témoigne : « Avant, on utilisait beaucoup de pesticides. Les sols se sont appauvris, on était obligés de quitter nos parcelles pour en chercher d’autres. Avec l’agriculture durable, on peut continuer à cultiver la même terre, tout en la préservant. »
Un constat largement partagé dans un pays où l’agriculture emploie plus de la moitié de la population active, mais subit de plein fouet les effets de la surexploitation et du changement climatique.
Vers une labellisation de l’agriculture durable
Encore embryonnaire en Côte d’Ivoire, l’agriculture durable fait néanmoins son chemin, notamment dans les filières vivrières. Des discussions sont en cours pour la mise en place d’un label participatif de garantie (SPG) d’ici 2028, afin de certifier les pratiques écologiques et encourager les producteurs à s’engager dans cette voie.
Pour Stéphane Kobena, cette transition est avant tout une question de culture et d’éducation. « Si les enfants comprennent aujourd’hui qu’une plante pousse grâce à la nature et non aux produits chimiques, alors demain, ils deviendront des adultes qui cultivent autrement. »
MN





